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Autisme adulte · TSA / anciennement Asperger · camouflage social
On vous voit discuter, sourire, vous adapter. On vous voit y arriver. Mais on ne voit pas toujours ce que cela vous coûte.
Vous avez peut-être appris à regarder les autres dans les yeux, à préparer vos phrases, à retenir certaines réactions. De l'extérieur, tout semble naturel. De votre côté, chaque interaction peut demander un travail invisible. Ce phénomène porte un nom : le camouflage autistique, aussi appelé masking.
Voici cinq manifestations possibles chez l'adulte, avec des exemples concrets. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à conclure à un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA).
La vidéo de Luc Martrenchar reprend les cinq signes du camouflage autistique. L'article ci-dessous les approfondit.
Le camouflage regroupe les adaptations utilisées pour rendre certaines particularités moins visibles en société. Il peut s'agir de masquer une réaction spontanée, de compenser en apprenant consciemment des codes sociaux ou de s'efforcer de correspondre à ce qui est attendu. Certaines stratégies sont délibérées ; d'autres sont devenues des habitudes très anciennes.
Ces compétences acquises sont réelles. Elles peuvent permettre de travailler, de se faire des amis et de construire des relations. Ce qui mérite attention n'est donc pas seulement ce que la personne parvient à faire, mais l'effort qu'elle fournit pour y parvenir, et la liberté qu'elle ressent — ou non — de rester elle-même.
« Ce qui est devenu discret n'est pas nécessairement devenu confortable. »
Avant de téléphoner, de déjeuner avec des collègues ou de rencontrer quelqu'un, vous imaginez les sujets possibles, les réponses à donner et parfois même votre phrase d'ouverture. La conversation se déroule bien tant qu'elle suit un chemin prévisible. Une question inattendue peut soudain vous faire perdre vos repères.
La veille d'un dîner, vous préparez trois sujets, quelques questions à poser et une excuse pour partir à une heure raisonnable. Pendant le repas, vous semblez spontané. Personne ne sait que vous avez passé une partie de l'après-midi à anticiper la soirée.
Ce que les autres voient : une personne qui sait entretenir la conversation. Ce qu'ils ne voient pas : la préparation qui a rendu cette conversation possible.
Au moment même où vous écoutez quelqu'un, une partie de votre attention peut rester occupée à des questions silencieuses : « Est-ce que je regarde trop ? Pas assez ? Est-ce que je dois sourire ? Est-ce le moment de parler ? » Vous pouvez reproduire des gestes observés chez d'autres : acquiescer, relancer la discussion ou modifier votre intonation.
En réunion, vous gardez le regard dirigé vers votre interlocuteur tout en comptant intérieurement les secondes pour ne pas le fixer. À la fin, on vous félicite pour votre aisance. Pourtant, vous avez eu du mal à suivre toute la discussion : une partie de votre attention était consacrée à votre comportement.
Ces gestes peuvent devenir plus faciles avec l'expérience, sans nécessairement devenir automatiques. On voit votre aisance ; on ne voit pas toujours votre vigilance.
Certains mouvements répétitifs — faire bouger ses doigts, se balancer, manipuler un objet — peuvent aider à se réguler. Vous avez peut-être appris à les supprimer en public ou à les remplacer par des gestes plus discrets. Il en va parfois de même pour les réactions au bruit, à la lumière, aux odeurs ou au contact physique.
Au restaurant, les voix se mélangent, les couverts s'entrechoquent, une lumière vous gêne. Vous continuez de sourire pour ne pas interrompre la conversation. Sur le chemin du retour, vous réalisez à quel point vous êtes tendu et fatigué.
Une réaction contenue n'est pas forcément une sensation moins intense. Ne rien montrer ne signifie pas ne rien ressentir.
Un sujet vous passionne profondément, mais vous avez appris à ne pas en parler trop longtemps ou avec toute votre intensité. Vous surveillez la réaction de l'autre, vous changez de sujet, parfois avant d'avoir dit ce qui comptait pour vous. Vous pouvez également cacher votre besoin de connaître à l'avance un programme, un itinéraire ou les étapes d'une journée.
Un ami propose de changer de restaurant à la dernière minute. Vous répondez « aucun problème », alors que vous aviez vérifié le trajet, le menu et l'ambiance du premier lieu. Vous vous adaptez, mais l'imprévu vous demande bien plus d'énergie qu'il n'y paraît.
Il ne s'agit pas de ne jamais savoir s'adapter. Il s'agit de comprendre le coût d'une adaptation qui semble facile à ceux qui l'observent.
Vous avez participé à la réunion, été agréable pendant le repas, échangé avec tout le monde. Puis, une fois chez vous, vous avez besoin de silence, de solitude ou d'un environnement familier. Les conversations supplémentaires deviennent difficiles. Parfois, il ne reste presque plus d'énergie pour le reste de votre journée.
Après une journée jugée « normale » par vos collègues, vous rentrez et ne supportez plus ni télévision ni questions. Vos proches peuvent y voir du désintérêt. Pour vous, c'est le moment où vous cessez enfin de vous contrôler.
Une fatigue sociale importante peut avoir plusieurs causes. Ce qui oriente l'exploration, c'est son association à d'autres particularités durables, à leur histoire et à leur retentissement.
À l'extérieur, vous pouvez être considéré comme sociable, compétent, accommodant. À l'intérieur, vous avez préparé, calculé, retenu, encaissé, puis récupéré. Il n'y a pas contradiction entre ces deux réalités : vos réussites font partie de votre histoire ; vos efforts en font partie aussi.
Non. Le camouflage peut concerner des femmes, des hommes et des personnes de tous genres. Il est souvent évoqué à propos des femmes dont l'autisme a été identifié tardivement, mais il ne leur est pas réservé. La même personne peut camoufler beaucoup au travail, moins avec un proche de confiance et presque pas lorsqu'elle est seule.
Par ailleurs, toutes les personnes autistes ne camouflent pas, et le camouflage n'est pas nécessairement toujours conscient. Le fait d'avoir des amis, un couple, un emploi ou une conversation fluide n'exclut pas à lui seul un TSA.
Non. Préparer ses phrases, surveiller son attitude ou rechercher le calme ne sont pas propres à l'autisme. Une anxiété sociale, un vécu traumatique, un TDA/H, certaines caractéristiques de personnalité ou d'autres facteurs peuvent conduire à des expériences ressemblantes. Plusieurs réalités peuvent aussi coexister.
Une évaluation du TSA examine l'ensemble du fonctionnement : les particularités persistantes de communication et d'interaction sociales, associées à des comportements répétitifs, intérêts restreints ou intenses, besoins de régularité ou particularités sensorielles. Elle s'intéresse à leur présence depuis la période développementale, à leur évolution, à leur retentissement et aux autres hypothèses possibles.
Il ne suffit donc pas de demander « Est-ce que vous regardez les gens dans les yeux ? ». Une question plus instructive peut être : « Depuis quand le faites-vous, comment l'avez-vous appris et qu'est-ce que cela vous demande ? »
L'enjeu n'est pas de confirmer coûte que coûte une étiquette. Il est de comprendre pourquoi certaines situations ont toujours demandé davantage d'efforts, de reconnaître les ressources développées pour y faire face et, si nécessaire, de trouver des ajustements plus respectueux de son fonctionnement.
Vous pouvez d'abord regarder quels exemples correspondent réellement à votre vécu, depuis quand ils sont présents et dans quels contextes ils deviennent coûteux. Certaines adaptations méritent d'être conservées parce qu'elles vous sont utiles ; d'autres peuvent être assouplies lorsque l'environnement est suffisamment sûr.
Si la question d'un TSA vous accompagne depuis longtemps, un dépistage personnalisé chez l'adulte peut constituer un premier repère. Il permet d'explorer l'hypothèse, sans se substituer à un bilan diagnostique complet. Il est également possible de prendre rendez-vous pour une évaluation approfondie.
Oui. Certaines personnes ont appris des stratégies sociales efficaces. Pour comprendre leur fonctionnement, il faut aussi s'intéresser à l'effort que ces interactions demandent et à l'histoire des manifestations depuis l'enfance.
Parfois. Mais des habitudes acquises depuis de nombreuses années peuvent devenir si automatiques que la personne n'identifie plus leur rôle de camouflage.
Non. Les stratégies de contrôle social ne sont pas spécifiques au TSA. Elles peuvent notamment apparaître dans l'anxiété sociale ou après certaines expériences de vie.
Non. Il concerne aussi des hommes et des personnes d'autres genres. Son intensité peut varier selon les situations et les interlocuteurs.
Non. Il fournit une première orientation. Un diagnostic nécessite une évaluation plus complète, attentive au fonctionnement actuel, à l'histoire développementale et aux autres explications possibles.
Comprendre le TSA et les profils autrefois appelés Asperger · Les différentes présentations du TSA · 20 caractéristiques du profil Asperger
Repères scientifiques : Hull et al. (2017), sur le camouflage social ; NICE, évaluation de l'autisme chez l'adulte.
Ce que vous avez appris à faire pour vous adapter mérite d'être reconnu. Si ces expériences font écho à votre histoire, une première analyse peut vous aider à savoir si la piste du TSA mérite d'être approfondie.
Luc Martrenchar · Psychologue clinicien · Paris